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Aumônier en retraite, le père Yannick Lallemand n’en continu pas moins ses activités au sein de la communauté légionnaire de Puyloubier et d’Auriol.

Interview :

MRT : Comment vous est venu votre vocation d’Aumônier militaire ?

Père Lallemand : Ayant fait la guerre d’Algérie, j’ai vu les aumôniers militaires qui œuvraient magnifiquement dans des situations souvent difficiles au service du seigneur. Moi même, fils de militaire, l’armée est un milieu que je connais bien et c’est tout naturellement que la vocation militaire m’était venue d’être officier comme l’étaient plusieurs de mes frères. Quand j’ai pris la décision de devenir prêtre, je n’avais d’autre alternative que celle d’être au service d’autres militaires. C’est un milieu au service de Dieu et de la France que j’estime. J’ai ainsi baigné dans cette vie que nous devons donner à notre pays et dont nous recevons chaque jour les bienfaits sans que nous nous en apercevions. Mon Père a donner toute sa vie au pays, à l’Armée et je l’ai toujours entendu dire : « Faire le sacrifice de sa vie est un honneur et aussi un service que chacun devrait rendre s’il le fallait » : mon frère ainé est mort en Algérie. Mon Père qui à ce moment là était en Tunisie, a fait le déplacement pour remettre sur le cercueil de son fils la Légion d’Honneur.

Ayant aussi le désir de rester sportif, le fait d’être aumônier militaire était, pour moi, la possibilité de faire du sport, j’ai pratiqué beaucoup de cross, de skis, de montagne, de marches, de parachutisme, être prêtre aux Armées me permettait cette vie sportive.

MRT : Parler nous, mon Père, de votre aventure Tchadienne ?

Père Lallemand : De 1986 à 1996, j’ai vécu 10 ans au Tchad mais je revenais chaque année pour ma Mère qui était très âgées, un peu malade et je me faisais un devoir de la revoir et de passer en sa compagnie 3 semaines à 1 mois, c’est moi même qui payais le voyage.

 

Alors pourquoi suis-je parti au Tchad ?

Il y a plusieurs raisons : quand j’ai décidé d’être prêtre, j’avais l’intention de devenir missionnaire mais je n’ai pu réalisé ce projet du fait que mon frère ainé venait d’être tué, je ne souhaitais pas m’exiler loin de ma famille à cause des Parents. La deuxième raison vient de ma participation pendant 6 mois à l’opération « Manta », opération qui avait pour mission le soutien de l’Armée française aux combattants tchadiens contre l’envahisseur Libyen. J’ai rencontré très souvent des chrétiens tchadiens perdus dans le désert surtout des fonctionnaires : soldats, instituteurs et infirmiers venus du sud du pays qui n’avaient pas vu de prêtres depuis une dizaine d’années et qui avaient de réels besoins spirituels importants. Une troisième raison est que j’ai bien compris que l’esprit sain était là ! qu’il m’appelait à venir au Tchad, à tout quitter et en particulier ma situation privilégiée d’aumônier parachutiste avec son gros salaire pour retrouver la vie d’un religieux, coexistant avec les tchadiens, vivant comme eux la pauvreté, la misère et le dénuement. Il a peut-être une quatrième raison : celle que l’opération « Manta » à Beyrouth où j’y ai vécu 4 mois d’enfer à vivre le terrorisme qui y régnait en maître à cette époque. J’ai été témoin de la mort de 72 parachutistes et 4 marins, alors sans doute, trop touché, par lassitude de voir ces jeunes gens mourir et de les accompagner dans leur dernier parcours terrestre. Mais je n’ai pas choisi finalement le meilleur territoire en paix puisque j’ai trouvé un pays sans cesse en état de guerre.

Le prêtre est un homme seul, il vit de solitude, de recherche de silence, éléments indispensables pour la place que tient la prière dans son quotidien, dans son face à face avec Dieu.

Communication FSALE