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Nul doute possible sur son identité : à 56 ans, Salim Bouali a quitté l'Armée depuis vingt ans déjà, mais du militaire familier des théâtres d'opération, comme on dit dans le jargon militaire, il a conservé l'allure -cheveu ras, biceps imposants moulés dans un polo marine, paluches façon pattes d'ours, une façon de se tenir tendu, à l'affût. L'allure, mais les "valeurs, surtout", corrige-t-il : celles de la Légion étrangère, à laquelle il a donné deux décennies de vie. "Ce sont les mêmes que celles que l'on vous apprend à l'école, vous savez, glisse-t-il. Le respect, l'honneur, la fraternité. La seule différence, c'est que chez les légionnaires, on les applique vraiment."

Salim Bouali le dit, le répète, et plus que cela : y croit. Dans la Légion, où il est entré à 17 ans, cet orphelin "de père et de mère" a trouvé "une famille", des gens qui lui ont "tendu la main" quand, ado, lui-même était "parti dans le mur". "Des conneries, tout le monde peut en faire, dit l'ancien militaire. Mais chacun mérite qu'on lui donne une deuxième chance."

Cette phrase, Salim Bouali en a fait son bâton de pèlerin. Né musulman, il s'est converti au protestantisme en pleine guerre du Golfe : "Un copain chrétien avait prié pour moi. Juste après, un missile a touché mon hélicoptère : je m'en suis sorti, je n'aurais pas dû", raconte-t-il, paisible, convaincu d'avoir été "sauvé" par le dieu de ce frère d'armes. Depuis sa sortie de l'Armée, avec son association, "En action pour les nations", il emmène des jeunes "mal partis" à la rencontre des institutions (police, justice, services de secours, agents ERDF malmenés dans les cités) ou en "stages de rupture", sur des sites de la Légion. D'abord en Corse, et, depuis 2015, sur un camp en Guyane française, à l'autre bout du monde.

Des gamins en perdition

"La valeur d'un homme, vous savez à quoi on la reconnaît ? demande-t-il aux nouvelles recrues, sept garçons, trois filles, réunis ce lundi dans un petit local des Cinq-Avenues. À sa capacité à reconnaître ses propres faiblesses." Ces jeunes partent du 20 février au 7 mars pour une aventure qui n'aura rien d'un show façon Koh Lanta. Mais plutôt d'une éprouvante quête de soi. Car dans la jungle, au bout de 14 jours en "immersion", à l'issue surtout des exténuants "deux jours de survie", où le groupe devra trouver, seul, son chemin, sa nourriture et un abri, "tout le monde va craquer, c'est obligé, sourit Salim Bouali. Les gars sont fatigués, les ordres les gonflent, la forêt les oppresse : ça pète et on laisse péter. C'est là, quand tout le monde est à zéro, quand le corps est épuisé, que l'on peut vraiment commencer à travailler..."

Après la perte des repères, vient la parole. C'est dans ce qui se dit, le soir, autour du feu, que des trajectoires dévient. Le stage fonctionne ainsi comme "un électrochoc", une sorte de fonction Reset pour ces jeunes parfois connus des services de police (mais pas tous : certains cherchent seulement, à tâtons, leur chemin professionnel). "Quand ils discutent avec les légionnaires, les jeunes qui vivent à Félix Pyat, dans le trafic de stups, ça ne pèse pas lourd par rapport au cartel de Medellin que ces militaires ont croisé", lance Salim dans un petit clin d'oeil.

Cette cité marseillaise, il la connaît comme sa poche pour y avoir longtemps vécu, et, en tant que médiateur, rattrapé par la peau du cou des gamins en perdition. Nombre d'entre eux ont grandi sans père : "Mais même avec rien, on peut faire quelque chose", dit celui que les mômes appellent "Tonton". Près de lui, sec, petite barbe, David, policier dans une brigade d'intervention, opine du chef : "J'ai toujours fait partie de services où ces jeunes, on les interpellait, relate-t-il. Mais je crois à cette idée de deuxième chance, je crois aussi que dans la vie, ce sont les devoirs qui donnent des droits."

Convaincu par la démarche, il part avec le groupe, un saut dans l'inconnu pour lui comme pour cette dizaine de garçons et filles venus des quartiers populaires de Marseille, repérés "sur leur volonté de s'en sortir" par le réseau de Salim. Imène, Amir, Nebia ne s'étaient jamais vus, ils se jettent des coups d'oeil timides ; certains ont le bac, la niaque, d'autres un casier judiciaire déjà fourni. "Tonton" ne fait pas de distinction : "Vous allez tous faire des choses que vous n'imaginez même pas." Après le premier stage en Guyane, un jeune en galère s'est retrouvé en se mariant, une "petite soeur du quartier" est devenue policière, tous sont restés en contact. Salim Bouali porte désormais le projet d'ouvrir un centre d'instruction civique à Marseille, où les jeunes viendraient, quatre mois durant, tenter de retrouver, dans la discipline militaire, un socle pour leur vie .


Laurent Nuñez, préfet de police : "Nous allons accompagner ce projet"

Au fil des années, Salim Bouali a su convaincre de nombreux partenaires (services de l'État, collectivités) de soutenir son action. Préfet de police, Laurent Nuñez porte un regard attentif sur le projet de centre d'instruction civique que veut créer aujourd'hui ce médiateur hors normes.

Que pensez-vous du travail accompli par Salim Bouali et son association "En action pour les nations" ?
Laurent Nuñez : M. Bouali est quelqu'un qui a de vraies convictions humanistes, qui a à coeur de porter et d'inculquer aux jeunes les valeurs de la République, le respect des institutions. Est-ce que cela tient à sa personnalité ? Toujours est-il qu'il a déjà obtenu de bons résultats, on l'a vu avec ses stages de rupture organisés en Corse ou en Guyane.

Accompagnerez-vous son projet de créer un centre d'instruction civique à Marseille ?
On y est en effet plutôt très favorables. Cela peut être un outil efficace pour remettre des gens sur les rails, je pense aussi que cela peut aider dans une prévention du radicalisme religieux... Je vais rapidement réunir les services de l'État, la Protection judiciaire de la jeunesse, des collectivités comme la Région ou le Département, afin que nous décidions de l'accompagnement à apporter au programme.

 

SOURCE : LA PROVENCE

 

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