Je suis né pendant la seconde guerre mondiale, dans une petite ville de campagne du département de la Seine et Marne.
Mes Parents avaient pris la sage décision de partir loin de leur ville de naissance Dunkerque qui subissait d’incessants bombardements Anglais exécutés sans relâche dans le but de déloger les Allemands qui, en grand nombre attendaient le débarquement qui devait se faire sur cette plage du Nord de Malo les Bains à Zuydcoote et non en Normandie.
De ce fait, quand j’ai appris que j’étais catalogué de « Baby-Boomers », je ne pouvais ne pas réagir à l’article du capitaine (er) Jean-Marie Dieuze qui détaillait dans son billet que les guerres auxquelles participèrent ces étrangers au service d’une France avaient largement contribuées à faire l’identité française par leur sang versé.

Je partage une réflexion avec un envol de mots, images nostalgiques des souvenirs-vivants que je gardais caché au fond de ma mémoire de « Baby-Boomers » :
« Tout commence sur les bancs des écoles avec une rentrée scolaire renouvelée, les garçons sont habillés d’une blouse grise et les filles en Jupes Vichy, corolle imprimée avec de petits carreaux. Dans les cartables, parmi les livres scolaires se trouve un plumier avec son porte-plume en bois et des plumes « Sergent-major » et une vraie ardoise qui casse. La salle de classe est composée de tables à casiers équipées d’encriers en porcelaine blanche et chaque matin, avant que les « choses sérieuses » ne commencent ; le maitre d’école avait la mission de remplir ces petits réservoirs, d’encre violette, qui se retrouvaient dans nos cahiers sous forme de calligraphies soignées et appliquées, toutes taches devant être systématiquement sanctionnée.

Au centre de ce dispositif, régnait un poêle à charbon auprès duquel se regroupaient (paraît-il) les cancres de la classe, ceux qui passaient leur temps avec un bonnet d’âne sur la tête. Au mur, un tableau noir à côté duquel s’affichaient de grandes cartes de France et du monde. Tout cela dans une atmosphère bienheureuse de paix retrouvée, c’était à ne point douter une grande faveur que monsieur « tout un chacun » attribuait à la victoire de nos soldats et de leurs alliés sur l’Allemagne nazie. Reconnaissance oblige, tous les matins, nous avions le droit et le devoir de suivre des cours de morale où étaient expliquer l’Histoire de notre grand et honorable pays qui vivait dans une ambiance d’après-guerre, on égratignait les bonnes mœurs d’une société qui avait trop l’envi de faire la fête et de mener enfin une vie plus légère. On se déhanchait au son du « Be-bop », les jupes se raccourcissaient, hommes et femmes se rapprochaient, mais le tout restait de bon ton, on lisait aussi et discutait très sérieusement, des mets inédits attiraient après une trop longue période de privations, ainsi on découvrait la banane dont est ignorée même l’existence…

De retour de l’école, c’était l’heure du « goûter » : tartines beurrées sur lesquelles était étalé du chocolat noir en miettes. Le chauffage se faisait au charbon qui était gardé à la cave à côté des « patates » et des bouteilles de vin. Une seule pièce était chauffée par une cuisinière, il n’y avait pas de réfrigérateur, un « garde-manger » grillagé permettait de conserver les aliments.
Le lait était livré chaque matin à domicile. Chaque quartier possédait son épicerie, sa boulangerie et son boucher. A l’époque l’église tenait encore une place très importante, elle s’implique dans la vie culturelle et sociale des enfants avec la puissance des « patronages » où elle organisait des projections de films, des pique-niques et des sorties à pied en rang, la dangerosité de la circulation n’était pas un problème, peu d’autos circulaient.
La guerre restait néanmoins un sujet qu’on n’abordait pas avec les enfants, mais elle revient sans cesse. Avec l’Indochine et l’Algérie, les conflits se succédaient de quoi donner l’impression et le sentiment diffus que la guerre n’avait jamais complétement cessé.
Ainsi donc se présentaient de grands bouleversements dans cette France de « boomers » de la fin des années quarante avec l’explosion « baby-boom », puis des trente glorieuses mais un plein emploi était appliqué à la grande satisfaction de tous. C’étaient les premiers pas d’une société de consommation, l’arrivée fracassante du « Formica » les téléviseurs et les machines à laver. Les plumes « Sergent-major » sont progressivement remplacées par des stylos « Bic », les robes par des blue-jeans.
Le monde dans lequel nous devenons adultes n’a plus rien à voir avec celui dans lequel nous sommes nés et quelques années après, vient « Mai 68 », je n’ai pas connu cet important événement ; j’étais à Madagascar et je ne regrettais pas mon engagement de légionnaire qui m’abritais de cette société en pleine transformation. Il est dit que la guerre tue moins d’âmes que la paix mais au regard de la situation du monde actuel, comment serait-il possible que nos jeunes veulent changer l’avenir qui leur appartient, mais SVP : pas en étant contre tout et les uns contre les autres.
Le mot de la fin à François Cheng, membre de l’Académie française âgé de 96 ans :
« L’homme moderne est cet être revenu de tout, fier de ne croire à rien d’autre qu’à son propre pouvoir. Une confuse volonté de puissance le pousse à obéir à ses seuls désirs, à dominer la nature à sa guise, à ne reconnaître aucune référence qui déborderait sa vision unidimensionnelle et close. Il s’attribue des valeurs définies par lui-même. Au fond de lui, ayant coupé tous les liens qui le relient à une mémoire et à une tendance, il est terriblement angoissé, parce que terriblement seul au sein de l’Univers vivant. Il se complaît dans une espèce de relativisme qui dégénère souvent en cynisme ou en nihilisme. »
More Majorum ! Quand même… Restons unis !
Commandant (er) Christian Morisot.