Un certain nombre de légionnaires ou d’anciens, sortent de l’ombre de leurs mémoires des réflexions sur des problèmes qui peuvent toujours se faire actualité tant la manière de mener des hommes demeure une constante.

 Autres temps autres mœurs, mais l’homme reste cet animal humain qui répond toujours aux mêmes codes ancestraux. Comme le précise le général Jean-Claude Coullon, lors d’une interview effectuée par le lieutenant-colonel (er) Antoine Marquet et moi-même :

  "C’est le chef qui personnifie cet idéal…

 Ces relations humaines exigent donc de la part de l’officier : amour, exigence, respect à l’égard du légionnaire. Voici le message que je me suis efforcé de faire passer pendant tout mon commandement.

 En effet, le jeune légionnaire arrive à la Légion bien souvent déboussolé, avec l’intention de rompre avec son passé, à la recherche d’on ne sait quoi mais d’autre chose que ce qui était jusque-là son quotidien.

 C’est la raison pour laquelle on ne doit jamais l’utiliser dans son ancien métier sauf s’il en fait expressément la demande. En s’engageant à la Légion, il entre dans une véritable communauté militaire où la rude discipline n’exclut ni la confiance, ni la solidarité, ni l’amitié réciproques.

 Il voit ses cadres partager sa vie de tous les jours et, en opération, les mêmes fatigues et les mêmes dangers. Il s’attache profondément à ses officiers dont il a la coquetterie et l’orgueil. Il finit par tout admettre d’eux, même leurs extravagances pour certains.

 Ainsi, commander c’est agir avec son cœur et avec ses tripes dans le cadre de règles militaires strictes inaliénables ; l’instinct de commandement n’a pas de règles, gentillesse ou sévérité, je préfère évoquer humanité et fermeté.

 « C’est une chose d’importance la discipline à la Légion, l’amour du chef, l’obéissance sont de plus pure tradition ».

C’est avec ces paroles du chant de la « 13 » qui contrarie tant de gens qui ne savent pas ce que discipline veut dire, qu’il faut commencer cette courte réflexion sur le commandement à la Légion étrangère.

Discipline, le mot cruel est lâché, ce porteur de symbole avec ses accompagnateurs : amour du chef et obéissance, ouvre la voie sacrée encadré des vieux pionniers aux noms étranges : rigueur, sérieux, parole donnée, tenue, disponibilité, abnégation, honneur et fidélité, bravoure, générosité et don de soi.

Commander à la Légion c’est faire en sorte de ne pas avoir besoin de se retourner, vos hommes sont bien là, derrière vous.

Commander, c’est avoir conscience de la phénoménale puissance qui est la vôtre mais qui demande une maîtrise de chaque instant. Vous aurez, n’en doutez pas les légionnaires que vous méritez, ils seront ce que vous souhaitez, vaste programme s’il en est...

Pourtant plusieurs manières se présentent, et s’il faut retenir une chose, c’est de garder en mémoire qu’il n’y a pas de règle, chacun agit avec son cœur et ses tripes, l’un sera gentillesse, l’autre sévérité, l’essentiel étant de se faire accepter, de se faire comprendre, facteurs indispensables de réussite.

L’Histoire nous dit que certains chefs se sont servis de leurs légionnaires pour marquer une révolte personnelle à une forme d’injustice ressentie. Comment est-il donc possible d’imposer ses idées par la force en « utilisant » des étrangers au service de la France ? Le sujet est délicat et les leçons à en tirer restent du domaine des convictions personnelles.

Quant aux discussions sur le sujet, elles sont toujours ouvertes et prêtent à polémiquer, c’est l’image de cette guerre d’Algérie qui ne s’est pas arrêtée le 19 mars 1962 et qui reste une blessure non refermée ; la Légion n’a-t-elle pas perdu le lieu des racines de sa naissance ?   

L’officier voit dans le légionnaire un compagnon de danger et de gloire, plutôt qu’un soldat inférieur. En contrepartie, le légionnaire a pour l’officier une vive reconnaissance, il a pour lui du dévouement et une sorte de respect filial, il en respecte beaucoup par obligation, mais en estime un petit nombre.

La diversité des origines réunit la Légion plus qu’elle ne la divise.

Outre l'oubli, l'asile ou l'aventure, le légionnaire est venu chercher un idéal à la Légion.  Il n’y a pas une troupe, dans notre armée, où l’officier porte une aussi lourde responsabilité morale et affective à l’égard de ses hommes.

More Majorum.

Commandant (er) Christian Morisot