Le camp de Canjuers situé à une altitude de 900 mètres, est un polygone de tirs ; ce terrain militaire est interdit au Public et son accès particulièrement contrôlé.
Dans ce polygone, les tirs fréquents présentent un constant risque d’incendie, c’est pourquoi, au sein de la CRTRLE, existe une section de « Pompiers », particulièrement opérationnelle dotée d’un matériel impressionnant qui assure une efficacité permanente tout au long de l’année.
Lors d’un incendie, nos « légionnaires-pompiers » avaient sauvé un petit marcassin entouré de flammes, ce petit animal était brûlé par le feu, ses sabots n’étaient plus que des plaies sanguinolentes…
Incendie éteint et de retour au camp de base, les légionnaires soignèrent et nourrirent au biberon le petit animal qu’ils appelèrent : « Charli ».
Ainsi donc, « Charli » devint naturellement la mascotte de la Compagnie, il était l’ami des hommes, en grossissant, il menait une vie sereine et tranquille, c’était un animal heureux de vivre qui cherchait la compagnie des hommes.
La Compagnie disposait à un endroit isolé du camp une ferme dites du « Pilard », grosse bâtisse remise en états qui permettait aux Officiers et sous-officiers de la compagnie de se retrouver chaque vendredi pour un déjeuner convivial qui marquait la fin des travaux lourds de la semaine.
Ce vendredi-là, était invité au repas hebdomadaire un journaliste de « Var-matin » qui venait effectuer un reportage sur cette Compagnie bien particulière qui intriguait ses lecteurs par son savoir-faire multiples quant à finaliser la zone-vie et le maintien de la construction des routes et bivouacs de ce camp de 35 000 hectares.
« Charli » lui, se sentait très à l’aise et participait bien volontiers à ce genre de regroupement où il lui était permis de gambader, tel un petit chien, entre les tables à la recherche d’une obole alimentaire que chaque convive ne manquait jamais de lui offrir en échange de caresses consenties par cet agréable animal apprivoisé. Il faisait penser au « petit Prince » de Saint-Exupéry, les légionnaires se sentaient responsables de l’animal qu’ils avaient apprivoisé. En fait, ce jour-là, c’était le dernier repas avant Noël et le Capitaine offrit et enfila à « Charli », des petites bottines en cuir qui devaient lui permettre de gambader et de bondir à travers champs et marais.
Fort de cette forme de liberté retrouvée, « Charli » s’élança dans une balade improvisée bien au-delà du secteur géographique habituel et fut tué par un chasseur prit de panique en voyant venir à lui un sanglier de plus de cent kilos. Le « pauvre homme » ne pouvait savoir que cet animal exubérant était l’ami des hommes…
Le bruit du coup de feu provoqua la ruée à l’extérieur de tous les convives qui se dirigèrent vers l’endroit d’où venait le tir. Devant le drame qui se présentait, le Capitaine prit immédiatement, à son compte, la protection du chasseur qui fut évacuer, non sans mal, par la Gendarmerie nationale.
En fait, l’incident venait à point nommé pour le journaliste invité qui trouvait là, une belle occasion de faire un article fort intéressant qui devrait, disait-il : « passionner les lecteurs, de quoi, sans aucun doute, augmenter le tirage habituel du journal.
La réaction, pour donner suite à la parution du journal dépassa l’entendement, cet événement insolite prenait une allure inattendue, tous les habitants du département étaient informés de l’évènement. Un sentiment solidaire de sympathie pour les légionnaires souleva une vague de compassion et même les maîtres des écoles participèrent en demandant à leurs élèves de faire chacun une lettre aux légionnaires. C’est ainsi que parvient par millier des lettres d’enfants à l’adresse de la CRTRLE. Parmi celles-ci, une attirait particulièrement l’attention, elle venait de « notre star internationale » Brigitte Bardot, qui précisait dans sa missive : qu’elle souhaitait venir voir sur place les légionnaires ; qu’elle serait accompagnée de journalistes, de quoi expliquez au monde entier la cruauté de la chasse et celle bien particulière de ce chasseur, « tueur- imprudent » qui avait osé tuer un animal domestique inoffensif.
Désemparé par l’importance de ce désordre médiatique, le Capitaine ne pouvait que rendre-compte auprès du Colonel, chef de Corps du 1er Régiment Etranger à Aubagne. Celui-ci réagit avec une réponse « sans détour » : « Vous, là-haut, vous commencez à m’énervez, vous arrêtez immédiatement vos « con…ies », arrangez-vous pour que je n’entende plus parler de cette histoire ! vous vous croyez où ?»
Tout était fini, le capitaine continua par la suite à montrer, tel un trophée, une belle lettre manuscrite, écrite par une star internationale, symbole de la France dans le monde, qui serait venue pour prendre une belle photo entourée par lui-même et ses légionnaires, de quoi inscrire à la vindicte publique un très beau souvenir. Il avait même prévu de placé, telle un symbole, une couronne sur la chevelure de lionne de la Star : un étincelant « Képi Blanc ».
Le capitaine ne s’en est jamais remis…
Commandant (er) Christian Morisot.