Voilà encore un véhicule atypique peut-être le seul muni de deux postes de pilotage, un à l’avant et un à l’arrière. Les mauvaises langues ou plutôt les plaisantins ironisent souvent sur les italiens qui avaient soi-disant sur les véhicules de leur armée une marche avant et cinq marches arrière, que pourrait-on dire des français avec l’EBR.

Voilà un véhicule dont les qualités ont tant été vantées par nos anciens qu’il est utile de regarder de plus près.

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EBR 90 (Tourelle FL11 / Canon Cn 90 F2) © Davric – fond privé

GENÈSE

En 1938 pour les besoins d’un programme visant à doter l’armée française de nouvelles automitrailleuses, Panhard développe le modèle 201. Il est commandé en mai 40 mais la défaite du mois de juin suite à l’invasion allemande empêchera sa production.

Une dizaine d’années plus tard au sortir de la guerre le besoin est à nouveau émis et le modèle Panhard 212 reprend le modèle 201 dans une version plus grande.

Le véhicule entre en production en 1951 sous le nom d'EBR, pour un total de 1 202 unités. Les tests sont réalisés en 1952 dans une unité de combat. Il fut l’objet de quelques difficultés lors de sa mise en service, mais ses caractéristiques hors norme lui permirent de franchir ses obstacles pour devenir à terme le véhicule de référence des unités de reconnaissance.

La particularité des engins de reconnaissance français est qu’ils sont souvent à roues et dotés d’un armement puissant. Le prédécesseur de l’EBR et son successeur l’AMX-10RC[1] le sont également.

Il est produit pour répondre à un besoin tactique évident de couvrir les grandes étendues du champ de bataille, dans un contexte de lenteur et de faible autonomie des chars de combat de l'époque.

Ces engins de reconnaissance ne sont pas seulement destinés à la découverte et l'investigation (mission que peuvent remplir des véhicules plus légers et moins armés), mais aussi à des missions de sûreté dans les intervalles du champ de bataille (flanc-garde, reconnaissance offensive, protection) ce qui requiert une importante puissance de feu non seulement pour détruire les éléments avancés adverses, mais aussi pour s'opposer à une incursion blindée dans des actions de freinage ou de jalonnement.

L’EBR DANS LES CONFLITS

Le Panhard EBR est employé durant la guerre d'Algérie et la première unité de Légion (1er REC) en seront dotés en 1956, pour surveiller entre autres les lignes Morice et Challe. Il est aussi utilisé durant la crise de Bizerte en Tunisie[2].

A l’exportation sont succès est plus que modéré. La France a utilisé 1115 EBR sur deux versions. On en trouvera en Indonésie (3), au Maroc suite à la cession de plusieurs dizaines d’engins par la France, au Portugal (50) et au sein de l’OTAN (6).

De fait il sera utilisé dans la guerre d'indépendance de l'Angola[3] ; la guerre des Sables[4] et la guerre du Sahara occidental[5].

Pour l’anecdote, ce véhicule, démuni de sa tourelle, a transporté le cercueil du général de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises.

SES CARACTERISTIQUES

Les caractéristiques de ce véhicule sont très intéressantes et ce sont elles qui ont fait que ce véhicule était très apprécié de ses utilisateurs.

Long d’un peu plus de 6 mètres et large de près de 2,5 mètres son poids en ordre de combat était de 12,8 tonnes. Son blindage en acier était d’une épaisseur de 40 mm.

Relativement bas (2.3 m) il pouvait aisément être dissimulé

La première véritable originalité bien que cela a déjà existé en France[6], est qu’il est capable de circuler dans les deux sens, par une disposition symétrique avant / arrière et la présence de deux postes de conduite. Cette configuration dénommée inverseur permet à un véhicule de rouler facilement en marche arrière grâce à la présence d'un second conducteur dos au sens normal de marche. Pour un véhicule de combat, ce dispositif permet de décrocher rapidement face à l'ennemi.

La deuxième particularité est qu’il est doté de 8 roues, 4 métalliques rétractables et 4 dotées de pneumatiques. Les roues centrales peuvent être abaissées pour la conduite en terrain difficile permettant d’augmenter sensiblement les capacités de franchissement de l’engin.

Une autre caractéristique importante et moins visible est sa capacité à résister aux mines.

La caisse est profilée et les garde-boue et trains de roulement se détachent en cas d'explosion, pour préserver le blindage. Les sièges sont attachés aux parois du véhicule, l'absence de liaison avec le plancher évite la transmission de l'onde de choc à l'équipage.

Sur un total de vingt-huit attaques à la mine, recensées en Algérie, aucun décès n'a été déploré.

Dans sa version de base équipé d’une tourelle FL11[7], il est doté d’un canon de 75mm (FL11-SA49), d’une mitrailleuse de 7.5mm coaxiale et d’une sur la tourelle. De plus chaque conducteur dispose lui aussi d’une mitrailleuse de 7.5mm disposée dans l’axe sous le volant.

Disposé au centre, un moteur de type 12 cylindres à plat développe 200ch permettant d’atteindre la vitesse de 115 km/h. sur route pour une autonomie de 650 à 700km/h.

L’équipage se compose de deux conducteurs, un tireur et un chef de voiture.

SES DIFFÉRENTES VERSIONS

Type 212 :

Prototype de l'EBR ayant servi à l'expérimentation de la tourelle FL 3, dérivée de la tourelle du char léger américain M24 Chaffee.

EBR Mle 51 :

Premier modèle de l'EBR, équipé de la tourelle ronde FL 11 armée du canon de 75 mm SA 49. 836 exemplaires sont produits.

EBR Mle 54 :

En vue de renforcer les unités de reconnaissance en termes de puissance de feu, 279 EBR sont rétrofités avec la tourelle FL 10A2C dérivée de la FL 10 de l'AMX-13, elles sont armées du canon de 75 mm SA 50 à haute vitesse initiale.

Sauterelle :

EBR Mle 1954 transformé en véhicule de commandement utilisé par les commandants d'unité et les chefs de corps, son canon est non opérationnel et une table à cartes et des radios longues portée sont installés à l'intérieur de la tourelle

EBR-ETT Engin de transport de troupes.

Deux prototypes de l'engin de transport de troupes (ETT) sont construits entre 1956 et 1957 sur la base mécanique de l'EBR et un aménagement intérieur inspiré de l'AMX-13 VCI 17. Il est produit au nombre de 28 exemplaires pour l'armée portugaise avec un tourelleau CAFL 38 doté d'une mitrailleuse de 7,5 mm et connaît les combats durant la guerre d'indépendance de l'Angola.

EBR3

Version CN 90 F2

En 1964, les tourelles FL 11 montées sur les EBR Mle 1951 sont ré-armées avec un canon à basse pression de 90 mm qui prendra plus tard l'appellation CN 90 F2. Ce canon pourra tirer 4 types de munitions (à charge creuse, explosif, antichar et antipersonnel d’exercice).

LES EBR AU 1er REC

En 1958 lors d’un raid qui se déroule de du mois de janvier au mois de mars, six EBR du 1er REC parcourent 6 000 kms à travers le désert de Constantine à Tamanrasset. Durant ce périple le régiment en ^profita pour mener des expériences et comparer les performances de chaque véhicule. Par exemple sur trois véhicules ont remplaça les roues agricoles par des roues pneumatiques, des essais furent également réalisés sur les suspensions ou l’utilité d’adjoindre des plaques PSP.

Plus tard lorsque le 1er REC sera basé à Mers-El-Kébir, chaque escadron effectuera un raid de 4 000 kms. Ce qui débouchera plus tard sur une organisation identique de chacun d’entre-eux avec deux pelotons d’EBR et un peloton porté.

Mal adapté au conflit algérien ils sont surtout affectés à des missions de surveillance dans le cadre des opérations de « herse mobile » dans la « bataille des frontières », conjugués avec des moyens radars, de l’infanterie et de l’artillerie pour empêcher toute intrusion adverse le long de la frontière tunisienne. Malgré plusieurs modifications ponctuelles en faisant notamment passer des escadrons blindés sur EBR à une version portée sur Dodge, Half-track etc.., le 1er REC reste dans la zone de Constantine la seule troupe blindée avec 34 EBR au total.

Plus tard en avril-mai 1961, lorsque le régiment rejoint Colomb-Béchar, il est affecté à la surveillance du barrage Ouest le long de la frontière avec le Maroc. Enfin en juin 1962 c’est à Mers-El-Kébir qu’il s’installe. Durant les deux années suivantes le 1er REC change de structure et de nouveaux engins lui sont attribués. Le système ENTAC[8] pour le 4e escadron et des AMX 13[9] pour le 1er et 2ème escadron. Seul le 3e conservera ses EBR.

Ils sont toujours en dotation lors de l’arrivée du REC au quartier LABOUCHE d’Orange en 1967 au contraire des AMX 13 qui rejoindront une autre affectation. Le régiment est alors doté pour ses deux premiers escadrons de nouveaux EBR 90.

L’année 1971 signera la fin de l’EBR au 1er REC avec l’arrivée des AML[10] 60 et 90.

Prises d’armes au 1er REC escadron sur EBR   

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Un EBR du 1er REC en mauvaise posture

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©Tenes.info

Nota :

A lire sur le sujet - L’EBR Panhard une innovation à la française de Thomas Seignon.

Sources :

  • Wikipédia
  • Véhicules et engins du 1er REC – du cheval au Jaguar - M. François PELISSIER.

[1] l'AMX-10 RC, sera lui aussi un engin de reconnaissance à roues, armé d'un puissant canon de 105 mm à conduite de tir automatique, dont la puissance de feu est quasi similaire à celle d'un char de bataille des années 1980.

[2] Du 19 au 23juillet 1961.

[3] Du 4 février 1961 au 25 avril 1974, opposant le Portugal et l’Afrique du Sud (Soutien matériel des USA et de la Rhodésie) à des mouvements indépendantistes angolais.

[4] Du 25 septembre 1963 au 20 février 1964, opposant le Maroc à l’Algérie soutenue par l’Egypte et Cuba.

[5] Du 30 octobre 1975 au 6 septembre 1991, opposant le Maroc, la Mauritanie et la France au front Polisario et ses soutiens (Algérie, Lybie).

[6] White TBC et dérivés, Laffly 50AM, et 80 AM, Panhard 165/175 et 178, automitrailleuse Gendron-Somua.

[7] La tourelle est dite oscillante, permettant un tir plus rapide des obus.

[8] ENTAC – Engin Téléguidé Antichar

[9] AMX 13 – L’acronyme fait référence à son lieu de construction - Atelier d’Issy les Moulineaux

[10] AML – Auto-Mitrailleuse Légère